Archive for juin 2008
FASCH : 34-1 ans (à l’occasion de la 33è)
Pourquoi une faculté des sciences humaines en Haïti ?
Habituellement, AHECS en action présente des modèles en communication, mais avant tout, un organe de publication des travaux de recherche réalisés par la commission de recherche et de réflexion de l’AHECS. En outre, certaines activités ne sauraient être ignorées par la publication, vue leur ampleur. Et le concours qu’avait organisé l’AHECS dans le cadre des trente-trois ans de la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) en fait justement partie.
‘‘Pourquoi une faculté des sciences humaines en Haïti ?’’ C’était la question sur laquelle devait réfléchir les postulants de ce concours. A tort ou à raison, nous voulons croire que chaque étudiant de la FASCH (du moins, ceux qui sont en niveau I) sait ce que sont les sciences humaines. Mais il est beaucoup moins évident que, jusqu’alors, ils aient tous pris le temps de se poser cette question.
Le concours ne nous a donc pas seulement permis d’apprendre ce que pensaient cinq étudiants en année préparatoire sur l’utilité d’une faculté de sciences humaines en Haïti ; mais aussi de revenir sur nous-mêmes, étudiants de cette faculté, pour questionner notre place, notre rôle dans la société haïtienne.
Bref ! Dans ce numéro, nous nous sommes proposé – de la cinquième place à la première lauréate – de vous rapporter ce que pensent les cinq participants au concours. Mais nous avons pris le soin de présenter le texte intégral de la lauréate. Nous soumettons donc les idées de ces étudiants à votre appréciation.
Faites-nous parvenir vos critiques à l’adresse suivante : crr_ahecs@yahoo.fr.
« Connaître, comprendre, pour mieux apprécier »
Pour Petit Frant IBREUS, les haïtiens oublient trop souvent qu’ils sont des êtres sociaux. Et si la FASCH existe, c’est justement pour que les spécialistes qu’elle forme puissent aider les haïtiens à voir, de près ou de loin, leur réalité et leur source d’égoïsme. Tous ces spécialistes doivent, dit-il, apporter une contribution à la fois pratique et théorique au changement de la réalité haïtienne. Le développement, le bonheur et le progrès sont les tâches que Petit Frant attribue à la FASCH.
Fleurantin ENEL, pour sa part, pense que comprendre les agissements de l’homme sur son environnement, ses semblables, sa raison d’être et son importance de manière objective et rationnelle serait la devise des sciences dites humaines. Pour lui, le thème du concours offre la possibilité de questionner l’apport de la Faculté dans le développement social du pays. Prenant comme exemple les sociologues et les travailleurs sociaux – les uns décrivant, analysant et expliquant les phénomènes sociaux et les autres s’impliquant, intervenant concrètement sur les problèmes sociaux - l’étudiant justifie l’existence de la FASCH par la nécessité de production de réflexions et d’actions pour conditionner et améliorer l’existence de l’Haïtien. Enfin, ENEL plaide pour une redynamisation et une restructuration de la FASCH en vue de mieux servir la communauté.
La FASCH a-t-elle accompli la mission pour laquelle elle était créée ? Forme-t-elle des hommes libres, consciencieux, responsables, utiles à la société ? Est-elle encore un milieu actif de recherche (recherche porteuse de projet) qui motive l’étudiant vers la découverte personnelle, le dialogue et l’esprit critique ? Ce sont là les principales questions que s’est posées Orvild LAFONTAINE dans son texte. Mais il n’a pas fait que poser des questions. Pour lui, la FASCH est là pour remplir un ‘‘rôle de service utilitaire’’ qui doit contribuer à préparer l’homme à une participation effective aux tâches du développement social. Partant avec l’idée que l’homme est un être qui doit cultiver l’amour de soi, d’autrui, de sa société et de son pays, la FASCH, selon lui, doit poser les problèmes sociaux, jeter un regard sur le fonctionnement de la famille, de nos institutions, bref… elle doit questionner les rapports de l’Haïtien avec lui-même, avec l’autre, avec son environnement social.
Wisguerby BELLEGARDE, en ce qui le concerne, déplore le fait que certains étudiants ne se sont jamais donné la peine de réfléchir sur cette question. Mais lui, pour y répondre, l’a reformulée en ces termes : en quoi cette faculté saura-t-elle apporter sa contribution dans le changement auquel aspirent tant d’haïtiens ? Reconnaissant que l’on cherche la voie du développement depuis deux siècles, la FASCH s’impose, selon Wisguerby, comme l’organisme capable de penser ce développement ; pas seulement au niveau matériel, mais surtout au niveau de l’épanouissement de chaque individu comme élément constitutif de la société.
Nous vivons dans une société disloquée, soutient-il, où les marginaux sont majoritaires, une société qui n’a pu dépasser ses contradictions sociales. Il est donc plus que nécessaire d’avoir une entité qui s’occupe des rapports entre les haïtiens ; qui permet à l’homme d’entrer en soi-même pour connaître les autres, qui saura accompagner et intégrer les stigmatisés, réduire les inégalités en vue de parvenir à une certaine ‘‘équité à défaut d’égalité’’. Pour ce, il nous faudra une FASCH qui ne soit ni une basse-cour aux manœuvres politiciennes, ni une échappatoire aux étudiants nullement touchés par la réalité haïtienne, ni de simple tribune à la haine bourgeoise, ni de temple sacré à la déification de Marx.
Naïka CHALCEUX, quant à elle, reconnaît que la vie en société n’est pas facile. Et cela semble être plus évident en Haïti où, dit-elle, trop souvent les intérêts de l’un et de l’autre divergent. Les haïtiens sont confrontés à des moments compromettant leur quête de satisfaction économique et sociopolitique. Vu comme un individu étranger dans ses relations, prisonnier de ses propensions et animé par son naturel égoïsme, chaque haïtien est hanté par cette question : que pouvons-nous espérer ? Quel est l’avenir de notre nation ?
Cependant, l’espoir persiste ; puisque, selon Naïka, les fils de la FASCH peuvent faire éclore de nouvelles valeurs pouvant submerger l’aliénation de l’Haïtien. Et comment ? Lisons son texte.
« Pourquoi une faculté des Sciences Humaines en Haïti ? »
L’idée de Sciences Humaines recouvre un ensemble de disciplines qui ont pour objet l’étude de l’individu vivant en société : c’est-à-dire, l’analyse de son comportement ou encore de ses attitudes face à la vie. Leur finalité, soutint Miquel, englobe tout ce qui relève de la civilisation et de la culture comme expression des activités propres à l’homme et reflétées par lui. Dans cette perspective, interrogeons-nous sur quoi se repose l’utilité d’une faculté des Sciences Humaines en Haïti pour ensuite examiner la portée de sa vocation dans une société comme la nôtre.
Effectivement, depuis sa fondation, le 19 juin 1974, la Faculté des Sciences Humaines vise à la formation d’experts en communication sociale, psychologie, travail social et sociologie. De nos jours en Haïti, le terme ‘‘Sciences Humaines’’ devient une référence que l’on retrouve fort souvent sur les lèvres des gens. On parle de cette institution, on la fréquente, elle est bien vivante. Mais la question demeure : en quelle intention cet établissement poursuit-il encore son objectif dans l’élaboration de spécialistes en sciences de l’homme ?
Notre Haïti connaît des moments compromettant la quête de satisfaction tant économique que sociopolitique de ses citoyens. Nous sommes vus comme des individus étrangers dans nos relations, prisonniers de nos propensions et animés par notre naturel égoïsme. Chaque haïtien s’est demandé, se demande ou se demandera un jour : que pouvons-nous espérer, quel est l’avenir de notre nation ? Des réponses à ces questions prennent une valeur morale, sociale et pratique à la fois.
Reconnaissons que la vie en société est difficile. Notre communauté constituant un lieu d’antagonisme où trop souvent les intérêts de l’un et de l’autre divergent, parvenir à une parfaite harmonie au sein de la nation ne semble pas être facile. Au regard d’une telle constatation, comment nos communicateurs sociaux, nos travailleurs sociaux, nos sociologues et psychologues, en majorité des fils de ladite faculté, peuvent faire éclore chez nous de nouvelles valeurs pouvant submerger toute aliénation ?
Le travailleur social, opine Natalio Kinersman, exerce sa profession en intervenant sur les problèmes sociaux concrets en vue de créer les conditions susceptibles de modifier les relations sociales qui font obstacles à la satisfaction des nécessités sociales. Du moins, admettons que nos travailleurs sociaux, dans leur évolution, peuvent nous aider à professer le culte de la tolérance à l’égard de nos proches, surtout dans les bureaux, les institutions publiques ou privées.
D’après Emile Durkheim, la sociologie est l’étude de la société ; et tenant compte de la tournure que prennent les événements, un examen critique de leur nature par nos sociologues révèlera de nouvelles pistes quant à l’adoption de normes valables auxquelles tout un chacun pourrait se conformer. Montesquieu dans ‘‘De l’esprit des lois’’ stipule : « les lois dérivent de la nature des choses »
Depuis Descartes au grand psychologue Mélantoch, la psychologie s’avère être l’étude des faits psychiques en relation avec la conduite humaine. Le psychologue contemporain collecte des données susceptibles de projeter un éclairage sur le comportement de son patient pour mieux le comprendre. Ainsi, la psychologie contribue-telle, en suivant les réactions de l’individu dans une situation donnée, à une approche explicative des comportements humains. Prenons par exemple le cas d’un Haïtien ayant commis un homicide. Il est, selon la loi, passible de sanction pénale. Mais avec l’intervention d’un psychologue, ce dernier pourra aider le coupable à maitriser ses penchants pour le meurtre. En outre, l’assassin, après les entretiens avec son psychologue, pourrait fort probablement se servir à bon escient de sa liberté en respectant le droit à la vie de ses semblables.
Quant à la communication sociale, elle joue un rôle essentiel dans le sens des coopérations ou des relations que des hommes nouent entre eux. C’est ce qui a poussé Edmond Marc Lipianski à considérer la compréhension comme fil d’Ariane dans tout processus d’échanges. Voilà pourquoi en Haïti les communicateurs entrainent dans leur occupation l’action de faire part et une mise en commun des opinions portées sur l’actualité par le biais des médias. Là encore, on admet cet avis de Miquel qui stipule que l’importance des Sciences Humaines ‘‘se mesurera à leur capacité d’informer et de changer les conditions d’existence sans oublier que l’homme en reste le sujet responsable’’.
Nos confrères haïtiens, face à leur tracas, recherche une tranquillité d’esprit. Malgré les calamités qui nous font endurer des épreuves inhumaines, l’espoir peut encore germer. D’autant plus que la Faculté des Sciences Humaines, de par son travail, produit des cadres dévoués à une quête de compréhension de l’homme par une analyse de son comportement au sein de la société. Ce qui peut nous influencer dans ‘‘nos prises de conscience’’, pierre angulaire de tout changement.
Réalisé par Naïka CHALCEUX
Etudiante en Année Préparatoire, 1ère session
Les réponses qu’ont apportées les cinq postulants à la question ‘‘Pourquoi une faculté de Sciences Humaines en Haïti ?’’ sont toutes appréciables. Cela dit, il a fallu que le Jury sanctionne non seulement la pertinence des idées, mais aussi le style, l’articulation et la cohérence des textes ; et c’est peut-être là que se sont distancés les concurrents. Enfin, nous espérons que les cours à la FASCH permettront à ces étudiants et à tous les étudiants en année préparatoire de parfaire leur style, de mieux articuler leur pensée et de présenter leurs idées de façon cohérente pour mieux les soutenir.
« Connaître, comprendre,
pour mieux apprécier »
1 comment juin 19, 2008
Dynamique de groupe
Le Secrétariat de l’AHECS porte à la connaissance des concernés (es) que le séminaire sur “La dynamique de groupes” continu les samedi 20 et dimanche 21 juin 2008 entre 9h et 12h et 13h et 5h.
Le Secrétariat
Add comment juin 18, 2008