Communication : science ou technique ?

Ce que science peut vouloir dire

          Selon François Borella[1], une activité humaine sera reconnue comme science par la société contemporaine moyennant qu’elle pose quatre actions : ‘‘savoir, conserver, faire savoir et savoir-faire’’. Autrement dit, elle doit produire du savoir, conserver ce savoir et ses résultats, les vulgariser à plusieurs niveaux et les appliquer aux problèmes et questions de la société qui y correspondent. Toutefois, une caractérisation classique d’une discipline scientifique persiste encore. Celle selon laquelle est scientifique une discipline qui a un objet d’étude, une (des) méthode(s), et surtout des théories (et une communauté scientifique ou des écoles selon le cas).

          Un objet d’étude qui circonscrit le champ d’intervention de ladite discipline, qui lui permet de cerner ce par quoi elle est concernée. Des méthodes qui sont un ensemble d’idées directrices qui orientent l’investigation scientifique, qui prescrit comment on doit procéder pour appréhender cet objet d’étude. Des théories comprises comme une articulation de concepts, de propositions et de modèles ayant pour but d’expliquer un phénomène[2]. Tout ceci s’inscrit bien sûr dans un cadre de référence dominant pour une communauté scientifique, ou commun au niveau d’une école de pensée.

 

  Et la communication dans tout ça ?

          Mesurée à l’aune de Borella, la communication est sans aucun doute une discipline scientifique. Mais par rapport aux critères classiques, certains auteurs (même des professeurs en communication) rechignent encore à attribuer à la communication le statut de science, même celui de discipline. Pour les plus sceptiques, elle ne serait qu’un champ d’étude[3]. Dès lors, le problème épistémologique de la communication ne s’attarde pas sur les méthodes que celle-ci emploie, mais sur la définition de son objet d’étude et sur les théories dites de communication.

          Concernant les théories en communication, les sceptiques ont deux préoccupations majeures. Premièrement, une grande partie des théories utilisées en communication est un emprunt de théories à d’autres disciplines élaborées par des chercheurs qui ne pensaient peut-être même pas à ériger une nouvelle science. Ce qui pousse certains à affirmer qu’on ferait mieux de parler de théories sur la communication plutôt que de théories de la communication[4]. Deuxièmement, ils affirment que si ces théories existent, elles sont très nombreuses et non systématisées. Or, la systématisation des théories d’un certain domaine du savoir scientifique y est nécessaire. Nécessaire pour évaluer les perspectives théoriques aux fins d’organiser les connaissances produites comme le soutient Martino[5].

          En ce qui a trait à l’objet d’étude, la difficulté des chercheurs à se mettre d’accord sur une définition commune explique la multiplicité des écoles de communication rapporte Paul Attallah[6]. Cette difficulté résulte, selon le même auteur, des différents contextes des recherches en communication et de la nature des chercheurs, de leur formation intellectuelle[7]. C’est ce caractère même, et par conséquent, la non-autonomie observée qui fait que les sceptiques ne reconnaissent pas à la communication la maturité nécessaire pour être une science[8].

          Toutefois, les recherches et les réflexions contemporaines tentent de faire apparaître l’homogénéité des phénomènes de communication. En effet, le contemporain Alex Mucchielli propose une théorie intégrée de communication qui fonde l’existence de la science des communications au lieu des sciences de l’information et de la communication[9].

          Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une épistémologie de la communication. Par conséquent, la communication existe comme science puisque l’épistémologie se veut être un discours sur la science et se doit de se dégager de tout autre forme de connaissance[10]. Notre objectif ici n’est pas de présenter une discussion épistémologique sur la communication, ce qui est d’ailleurs présent dans toutes les sciences humaines[11]. D’autant plus que ‘‘même les plus établies des disciplines scientifiques ont leur zone d’obscurité, où il est difficile d’avoir de la précision’’[12]. Reste maintenant à la communication de mûrir et d’acquérir plus d’autonomie.

 

  Pourquoi des modèles ?

          Notre objectif à travers cette publication, comme le laisse supposer le titre, est de présenter différents modèles en communication. Le terme modèle qui s’écarte de ceux de théorie et de paradigme pour être la représentation simple d’un processus. D’usages fréquents en sciences humaines, les modèles présentent ‘‘sous forme [d’un schéma] simplifié(e) les traits saillants d’une réalité… [Ils ont par ailleurs,] une fonction explicative en montrant les relations qui unissent les éléments d’un système’’[13].

          Lié à une époque, un contexte et un projet scientifique donnés, chaque modèle permet de voir certains aspects de la réalité mais, obligatoirement, en occulte d’autres. Chacun apporte un éclairage spécifique : ‘‘Aucun modèle n’est mauvais ou bon en soi. Les préoccupations des chercheurs étant différents, il est normal que leurs modèles d’étude soient différents.’’[14]

          Notre action tient sa place par le fait même que la communication est connue en Haïti pour sa technicité plutôt que pour sa scientificité. Et ce, même parmi ceux qui passent pour les mieux avertis, c’est-à-dire avec un niveau intellectuel assez élevé, voire parmi ceux qui évoluent dans le domaine, autrement dit des professionnels et certains étudiants en communication. Notre objectif n’est pas, nous l’avons précisé, de discuter sur la problématique ‘‘science/ non-science’’ de la communication, mais de montrer que les bases scientifiques sont jetées depuis plusieurs décennies et que ladite discipline est en pleine expansion. C’est en ce sens que nous présentons à la communauté des modèles en communication. Pourquoi avoir choisi de présenter des modèles plutôt que des théories ou autres caractères de scientificité ?

          Ce choix s’explique justement par les fondements scientifiques des modèles, mais aussi par leur simplicité. Un modèle scientifique est fondé sur trois principes : l’objectivité selon laquelle la réalité ne correspond pas forcément à ce que nous percevons, l’intelligibilité qui dit que la compréhension de la réalité est possible moyennant une quête des relations entre les faits et la rationalité qui privilégie le raisonnement structuré par l’expression cohérente des relations entre les faits[15]. D’un autre côté, le modèle, par sa simplicité, a l’avantage de faciliter l’explication, la vulgarisation en fournissant un savoir  qui demeurerait autrement compliqué ou ambigu.

          Donc, nous espérons que les modèles qui seront présentés dans les prochains articles de cette publication seront à la base d’une nouvelle  et meilleure perception de la communication sociale.

 

« Connaître, comprendre pour mieux apprécier »


[1] BORELLA, François, Critique du savoir politique, PUF, Paris, 1990, p. 13.

[2] In DORTIER, Jean François (dir.), Le dictionnaire des sciences humaines, Ed. Sciences Humaines, Paris, 2004.

[3] MARTINO, Luiz C., Epistémologie de la communication, scepticisme et intelligibilité du savoir communicationnel, http://www.u-grenoble3.fr/les_enjeux, Mis en ligne le 29 septembre 2003.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] ATTALLAH, Paul, Théories de la communication : sens, sujets, savoirs, Ed. Presses de l’Université du Québec, Québec, 1991, P. 25.

[7] Etant donné que ceux qui passent pour les pères fondateurs de la communication sont des spécialistes d’autres sciences : de la sociologie, de la psychologie…

[8] MARTINO, Luiz C., Op. cit.

[9] MUCCHILLI, Alex, L’art d’influencer : Analyse des techniques de manipulation, Armand Collin, Paris, 2005, Pp. 159-165.

[10] BORELLA, François, Op. cit., P. 15.

[11] LAMOUREUX, André et al., Une démarche scientifique en sciences humaines-Méthodologie, Ed. Etudes vivantes, Québec, 1992, P. 22.

[12] MARTINO, Luiz C., Op. cit.

[13] In DORTIER, Jean François, Op. cit.

[14] CABIN, Philippe et Jean François DORTIER, La communication, état des savoirs, 2e éd., Ed. Sciences Humaines, Paris, 2005, P. 45.

[15] WILLETT, Gilles (dir.), La communication modélisée, Ed. du Renouveau Pédagogique, Québec, 1992, P. 33.

Documents Utiles

Il y a un  vaste et intéressant document publié par l’IEP de Lyon sur la Communication Politique que vous pourez sauvegardez gratuitement. Cliquez sur le lien suivant pour accéder au document : L’institut d’Etudes Politiques de Lyon

Il faut reconstruire l’homme Haitien

« Rôle et importance des sciences humaines dans la reconstruction du pays » tel est le thème d’une conférence débat organisée  ce vendredi 27 aout à l’initiative de l’Association des Etudiants haïtiens en communication sociale (AHECS) au local de la Faculté des sciences humaines.

Selon  Jacques Jean Vernet, spécialiste en  sociologie urbaine, la reconstruction d’Haïti doit passer d’abord par une reconstruction de l’homme haïtien. «  En dressant le profil de l’homme haïtien d’aujourd’hui  on y voit encore la relance  du système de domination des colons. Il faut donc procéder à la reconstruction de l’homme haïtien qui doit cesser d’être ce type d’individu qui veut tout s’accaparer au détriment de tous les autres », avance-t-il.

M. Vernet plaide aussi en faveur d’une reconstruction  qui soit l’œuvre du citoyen haïtien investi des idéaux nationaux  avant d’être l’apanage des professionnels de quelque soit le domaine. « Le fait d’être spécialiste en sciences sociales, médecin, chanteur, architecte etc. cela ne veut pas dire qu’on est pour autant nationaliste ».

Le sociologue urbain a  également prôné une autonomie des spécialistes en sociales dans leur contribution dans le processus de reconstruction. « Il faut que le spécialiste en sciences humaines et sociales cesse de réciter des formules toute faites imposées  par les étrangers, il doit être à même  de développer sa propre lecture de la chose sociale haïtienne».

Pour sa part, le Professeur Louis Gabriel Blot, Docteur en sociologie de la religion et spécialiste en Communication sociale, a expliqué que l’image de mauvaise gouvernance qu’on projette sur Haïti est ce qui explique la présence de tant d’ONG qui opèrent sans aucun contrôle dans le pays. Le professeur Blot suggère  un secrétariat permanent des ONG dont la fonction est fournir les informations sur les réalisations des ONG et ses utilités.

D’un autre côté, le Professeur invite les communicateurs sociaux et les travailleurs de la presse à s’engager plus socialement  dans le processus de reconstruction du pays. « Jusqu’à présent nous sommes en face à un plan de reconstruction qui se fait dans la plus grande opacité. Les informations ne circulent pas, elles restent le patrimoine d’un petit groupe. Personne ne sait ce qui se fait ».

De ce fait, le Spécialiste en Communication sociale invite les medias à exiger  une  campagne d’informations. Un vrai plan de reconstruction n’est pas possible sans tenir compte de l’avis et des besoins de publics bénéficiaires,  a expliqué le spécialiste en communication. La communication en ce temps de crise doit être une communication qui passe par les études des besoins et de connaissances de la réalité,  a-t-il poursuivi.

M. Blot a ajouté que les medias ont manqué à leur mission d’éducation, d’information et de formation. Ils s’attèlent de préférence à une politique de manipulation de persuasion clandestine. Il plaide également pour une communication honnête, éthique, qui doit se révéler comme moteur de réflexion dialectique qui contribue à la mobilisation des citoyens.

Le coordonnateur de L’AHECS, M. Michelet Desrosiers a précisé avoir organisé cette conférence en vue de porter une alternative à nombreux secteurs qui conçoivent la reconstruction uniquement sur le plan physique, sans tenir compte de l’aspect humain.

L’Association des Etudiants en communication (AHECS) est invitée à prendre part à un congrès  qui se tiendra à New Jersey autour du thème : « incidence  des moyens de communication en temps de crise » les 9, 10 et 11 septembre 2010. Dans ce congrès, le coordonnateur de l’association aura à intervenir sur le rôle moyen de communication utilisée pendant et après le séisme et les difficultés rencontrées.

Wilner Jean-Louis

Qui font la Une dans les nouvelles en Haïti ?

Le dernier Projet mondial de monitorage des medias (GMMP-2010) de la WACC révèle que dans les nouvelles les femmes entant que sujet des nouvelles représentent que 22%  par rapport au pourcentage des hommes sujets présenté dans la presse haïtienne. Un fait qui prouve une fois de plus l’hypothèse que les femmes ne sont pas aussi présente que les hommes, entant que sujets dans les medias.

On remarque aussi dans la presse écrite, la présence des femmes en tant que sujets est à 17%, alors que celle des hommes est à 83%. Dans la radio, leur présence est à 26%, tandis celle des hommes, à 74%. Les femmes sont présentes dans les sujets, à la télévision, à un pourcentage de 6%, les hommes à un pourcentage de 94%.

AHECS vous invite à consulter maintenant le rapport national et mondial du GMMP-2010 pour plus de détails.

1) Rapport national du GMMP-2010                                         2) Rapport mondial du GMMP-2010

Candidat à vos marques!

AHECS annonce à ses membres et amis que les élections pour le nouveau conseil de coordinnation de l’Association se réalise le 10 décembre prochain.
L’inscription des candidats se fera du 15 au 22 novembre 2010.

A vous de jouer les membres!

Drames haitiens: leçons burundaise

Par Chrysostome Harahagazwe
Depuis Burundi

Pauvre Haïti. D’aucuns parlent de pays maudit. Qu’a fait ce pays pour mériter toutes ces malédictions qui s’abattent sur lui les unes après les autres? Si ce n’est pas un déluge, c’est une crise politique sans fin, une sécheresse sans nom, des ouragans dévastateurs,  des pluies diluviennes, un tremblement de terre désastreux. La population la plus pauvre et la plus démunie de l’hémisphère Nord. Une nation affligée, depuis  2 siècles qu’elle existe,  de malheurs alors qu’à  la porte à côté,  en République dominicaine,  y règnent l’ordre, la modernité et le progrès. Même les désastres naturels semblent éviter Saint Domingue pour s’acharner sur le frère jumeau. Et pourtant Haïti, cette première république nègre (1804), phare de l’émancipation noire dans le monde et même de l’indépendance de l’Amérique latine,  ne mérite pas ce triste sort. La première leçon saute aux yeux. La médiocrité du leadership et l’oppression de la population par la classe dirigeante,   conduisent inexorablement à la misère, aux guerres, à la destruction de l’environnement et partant aux catastrophes. Le Burundi s’il ne change pas rapidement de trajectoire risque la haïtisation politique, économique,  sociale et environnementale.

Depuis l’indépendance, le Burundi est à la merci de catastrophes humaines répétitives mais le pays n’a jamais constitué d’équipes de secours professionnelles,  permanentes et comptables. A chaque désastre, on improvise les secours dans la désorganisation la plus totale, sans moyens pré-positionnés à travers le pays et prêts à être déployés dans l’immédiat. Le pays est habitué à attendre les interventions qui viennent des ONG internationales mais celles-ci arrivent lorsqu’elles arrivent c’est-à-dire souvent trop tard pour de nombreux blessés, affamés et  sans-abri. 50 ans après l’indépendance, nous avons une armée pléthorique pour tuer mais pas un corps de pompiers ou de secouristes d’élite pour sauver des vies humaines.

Ne pouvant pas compter sur un Etat médiocre, incompétent et criminogène (depuis l’indépendance son rôle majeur est d’opprimer et de tuer sa population), il faut d’urgence interpeller l’Eglise catholique, la société civile  et les ONG locales. Ce sont ces dernières qui doivent prendre leur responsabilité pour préparer dès aujourd’hui les équipes professionnelles de secours: soins d’urgence, hôpitaux de campagne, purification et distribution d’eau, aliments protéinés n’exigeant pas ustensiles ou cuisson. Il faut former tout de suite des milliers de secouristes, de pompiers professionnels et d’élite, de personnels de santé capables d’intervenir dans tout le pays pour sauver les vies humaines.

Même sans calamité naturelle, des immeubles s’écroulent faute de respect des normes techniques, et il nous faut dans l’immédiat former des secouristes capables d’extraire les gens des décombres. Imaginez-vous le jour (Dieu nous en préserve) où une école s’écroulera sur des enfants. Personne ne saura les en extraire faute de personnels formés ni d’engins spécialisés. Bien plus, le Burundi se trouve dans une zone sismique dangereuse. Nous nous situons dans la fameuse Rift Valley est-africaine qui se détache imperceptiblement du continent.  Il faut dans l’immédiat se préparer à des tremblements de terre. Malheureusement nous construisons à tour de bras sans  que les pouvoirs publics imposent les normes sismiques requises.

Par ailleurs, avec la destruction généralisée de l’environnement, de désastreuses inondations menacent la ville de Bujumbura.  Et rien n’est fait pour  arrêter l’implacable érosion dévastatrice qui risque d’ensabler et d’envaser le lac Tanganyika. Le lac Tchad a disparu à cause de l’ensablement. Le lac Tanganyika pourrait suivre. Nous devons nous préparer pour pouvoir faire face professionnellement aux inondations. Lorsque le bas de la ville sera inondé, toute l’agglomération urbaine n’aura pas d’eau potable. Rien n’est prévu en matière de purification de l’eau hors les installations de la Régideso qui seront certainement inondées avec l’érosion des hauteurs de Bujumbura.  Après les inondations viendront la sécheresse. On ne joue pas impunément avec la destruction de l’environnement. L’Etat burundais vit au jour le jour sans aucune vision, ni responsabilité en matière de protection civile. L’Etat ne sait que rouler en 4 x 4  et vivre au jour le jour sans aucune imagination ou anticipation sur les événements.

Les catastrophes routières sont quotidiennes car les pouvoirs publics se fichent éperdument  de la limitation de la vitesse qui sauverait des milliers de vies humaines. Le système sanitaire va à vau-l’eau pendant que des millions de dollars sont exportés au Kenya, en  Afrique du Sud, en Europe et désormais en Inde pour des soins médicaux spécialisés. Le pharmacien Emmanuel Bamenyekanye (Bruxelles)  se demande sur Internet pourquoi nos dirigeants construisent de grands châteaux individuels sans pourvoir le Burundi d’au moins un centre de réanimation médicale bien équipé. Ce qui signifie que tous les accidents (de roulage, cardiaque, cérébral, etc..) qui nécessitent une prise en charge médicale d’urgence doivent être transférés à Nairobi, Bruxelles ou Paris, donc fatalement avec des séquelles que l’on aurait pu éviter si les premiers soins avaient été dispensés sur place.

Dès qu’il y a une catastrophe humaine au Burundi, les populations se réfugient instinctivement vers l’Eglise catholique. Or cette dernière n’est pas préparée à ça. Elle ne dispose pas de professionnels de secours. Elle improvise alors que les blessés, les assoiffés, les affamés ne peuvent pas attendre et ont besoin de professionnels qui savent ce qu’il faut faire. L’assainissement non plus ne peut pas attendre lorsque des milliers de gens campent à la paroisse. En 1993, des milliers de réfugiés toutes ethnies confondues se sont réfugiés à l’Evêché de Gitega, sans eau  ni nourriture. Le même scenario se répétait dans tout le pays.  Il faut absolument que l’Eglise catholique demande l’aide des ONG
catholiques « Caritas International » et « Secours catholique » occidental pour former des équipes de professionnels capables d’intervenir dans les heures qui suivent un drame. Si la constitution d’équipes professionnelles exige de lourds moyens financiers, il faudrait penser à exploiter l’immense générosité des jeunes et les former dans une sorte de service de protection civile exactement comme on forme des réservistes militaires.

A l’occasion du premier anniversaire (15 janvier) de l’amerrissage de l’avion américain dans le Hudson à New York avec sauvetage de tous les 148 passagers, le pharmacien cité plus haut, demandait ce qui arriverait à Bujumbura si un avion amerrissait en catastrophe dans le lac puisque l’aéroport est au bord du lac Tanganyika. La réponse est facile : les passagers périraient car il n’existe aucune organisation de secours sur le lac. Et pourtant si nous étions un pays qui ne vit pas au jour le jour, sans aucune vision ni prévision, nous aurions un corps de secours ou une marine capable d’intervenir sur le lac en cas d’urgence aérienne ou autre.

Le drame actuel qui se joue dans les Caraïbes nous incite à déplorer la haïtisation tous azimuts du Burundi. La médiocrité, l’incompétence, la mal gouvernance, la criminalisation,  la dégradation de l’environnement conduisent inexorablement à  la guerre, aux maladies et autres catastrophes humaines ou naturelles. D’ores et déjà nous sommes considérés comme les Haïtiens de l’East African Community. Dans les Caraïbes l’expression « être habillé comme un Haïtien » signifie être en haillons. Les voyageurs répètent l’éloquente anecdote survenue  dans un bus Kigali-Bujumbura. Le conducteur annonce : « Vous êtes avertis qu’il est strictement interdit de jeter des saletés sur la route, vous allez les jeter une fois au Burundi. ». Par ailleurs, dans l’EAC, nous sommes le seul pays forcé de mendier aux autres membres les quatre millions USD de contribution. Même auprès du Rwanda aussi petit que nous. A l’inverse, notre frère jumeau le Rwanda est considéré comme le prochain Singapour de l’Afrique. Singapour est ce mini Etat asiatique où dans les années 60, le premier Ministre Lee Kuan Yew, frais émoulu des universités britanniques a décidé de développer son pays et en a fait une puissance financière mondiale en moins d’une génération. Le Rwanda  est désormais jugé modèle africain de propreté, de croissance et d’ordre,   de technologies de l’information, d’égalité des genres. Pendant que nous nous passons pour des moutons noirs, sales, désorganisés et incapables même de faire la queue devant les guichets de nos services comme les banques. Les écoles secondaires qui enseignent la science ne savent même pas que la saleté, l’insalubrité, le manque d’hygiène tuent. En conséquence des élèves meurent inutilement par dizaines victimes de maladies parfaitement évitables par la propreté. Sommes-nous les Haïtiens de l’EAC ?

Comme indiqué plus haut, face au Rwanda, si nous ne prenons pas garde nous risquons de devenir comme les frères jumeaux  Haïti et la République dominicaine. D’une part Haïti, le champion toutes catégories de la désolation, de la misère, de la violence, de la destruction de l’environnement, des catastrophes humaines ou naturelles,  et de l’autre la République dominicaine : le modèle de développement au point que les haïtiens sont engagés comme esclaves dans ce pays. Et pourtant les deux pays partagent une même et unique île mais c’est une île comme l’écrivent les observateurs à deux têtes et à deux destins. Ironie du sort même les catastrophes naturelles évitent la République dominicaine pour s’acharner sur Haïti.

Nous devons coûte que coûte arrêter la haïtisation du Burundi. Nous sommes désormais bien installés dans cette East-African Community tant chantée. C’est un regroupement où seuls les battants, les travailleurs acharnés, les innovateurs,  les adeptes de l’excellence et de l’intelligence survivront. Si nous voulons tirer notre épingle du jeu géostratégique actuel, le Burundi devra choisir entre l’excellence et la médiocrité à la haïtienne. Hors l’excellence dans tous les domaines : éducation, gouvernance, économie, environnement point de salut ! Le choix est entre nos mains. Changeons le Burundi si non ce sera les catastrophes sur catastrophes pendant encore deux cent ans comme à Haïti. Nous connaissons déjà 50 ans de désastres humains, économiques et sociaux depuis l’indépendance, il nous incombe d’inverser la tendance et devenir la République dominicaine et non le contre-modèle Haïti.

Élections et éducation à la citoyenneté

Par Hérold TOUSSAINT

Une lecture psychopolitique du message d’ Edmond Mulet à la nation haïtienne

A la page 16 du Nouvelliste du 1er octobre 2010 figure le message que Monsieur Edmond Mulet, Représentant officiel du Secrétaire Général des Nations unies en Haïti et chef de la MINUSTAH, a adressé à la nation haïtienne. Curieusement, ce message n’a pas été largement commenté dans la presse haïtienne. C’est ce silence qui nous a poussés à partager avec les lectrices et lecteurs du Nouvelliste notre lecture psychopolitique de ce discours. Nous disons “psychopolitique” parce que Monsieur Mulet a su utiliser ses connaissances de l’homme politique haïtien pour produire son discours. Nous disons psychopolitique parce que Monsieur Mulet a su utiliser ses connaissances de l’univers politique haïtien.

Ledit message du chef de la MINUSTAH a été titré : “Le vote : arme secrète du peuple”. Le titre de ce message est, selon nous, bien choisi. Il éveille la curiosité de tout lecteur sensible à la question de la responsabilité, de la citoyenneté ou du civisme, de la communication politique ou des relations internationales. Le titre du message attire, interpelle et flatte l’oreille. Pour s’en convaincre, il suffit de le prononcer à haute voix.

Le message de Edmond Mulet mérite d’être lu avec attention. Il n’émane pas d’un hérétique ou d’un insoumis, il est porté par quelqu’un qui est investi d’un pouvoir : celui de faire faire ce qu’il faut faire et de dire ce qu’il faut dire dans des situations précises. En effet, quelques mois après le séisme du 12 janvier 2010 qui a sauvagement meurtri Haïti, des élections présidentielles et législatives doivent être organisées. Quel message faut-il transmettre aux gouvernants et aux gouvernés de ce pays avant le 28 novembre 2010 ? C’est à cet exercice difficile et délicat que s’est adonné Monsieur Edmond Mulet. Son discours n’est pas daté, mais il est publié dans Le Nouvelliste du 1er octobre 2010. Conscient de la force de la culture orale en Haïti, M. Mulet a lui-même lu son message sur les antennes de certains médias de la capitale. Il veut que son message soit écouté et compris par tous. Il croit, bien sûr, au pouvoir de la rhétorique.

Le texte français du message comporte dix paragraphes qui se lisent aisément. Pas de mots ronflants. Pas de longues phrases qui peuvent donner lieu à des contresens. L’auteur utilise le temps présent. Pas de passé simple ou de passé composé. Il veut être clair et direct. Son message a une dimension didactique ou pédagogique. En dix paragraphes, il présente aux gouvernants et aux gouvernés d’Haïti un condensé d’éducation à la citoyenneté ou d’éducation civique. Son expérience sur la terre haïtienne l’a, sans doute, convaincu de l’absence de cette discipline dans la trajectoire des jeunes Haïtiens. Il note une absence de conscience citoyenne, de liberté et de responsabilité de ceux qui sont au pouvoir et de la plupart de ceux qui aspirent au pouvoir. Il ne donne pas l’impression de choquer la susceptibilité des véritables destinataires de son discours. Toutefois, il veut vouer une fidélité sans faille à l’institution qu’il représente. Il commence son message ainsi : « A l’occasion du lancement de la campagne électorale, je tiens, au nom des Nations unies, à renouveler notre engagement à apporter l’appui sécuritaire et logistique nécessaires à la réussite des élections du 28 novembre. Je saisis cette opportunité pour lancer un appel respectueux au peuple haïtien, aux candidats, au Conseil électoral provisoire, au gouvernement et aux médias pour que la campagne se déroule dans une ambiance sereine (…) ».

Dès le premier paragraphe, Monsieur Mulet identifie les destinataires de son message. Chacun d’eux doit donc jouer à merveille sa partition pour la pleine réussite des élections du 28 novembre 2010. Consciemment ou inconsciemment, le chef de la MINUSTAH a oublié de citer le corps de la police nationale. Il croit sans doute que cette dernière est l’alliée naturelle de l’institution qu’il dirige. Il ne juge pas pertinent de communiquer ou de rendre publique la mission de la police dans cette conjoncture électorale. Dans le deuxième paragraphe, Monsieur Mulet dresse la nature du nouveau gouvernement : « (…) seul un gouvernement porteur du consensus national, doté d’une vision basée sur le bien commun et déterminé à s’attaquer aux causes véritables des problèmes actuels mérite de jouir de la légitimité du peuple ». Les termes “consensus national” et “bien commun” ne sont pas définis dans le message, mais il pourrait laisser entendre que nos hommes et femmes d’État n’ont pas une culture du consensus et sont très insensibles au respect du bien commun. Monsieur Mulet voit une seule issue à l’avènement de ce type de gouvernement : participation massive du peuple aux élections. Il professe ce crédo : “Un tel gouvernement ne peut tirer sa légitimité que du peuple haïtien. Cette légitimité passe par les urnes.” Pour lui, ces dernières sont porteuses d’un pouvoir magique et le peuple est détenteur d’un pouvoir extraordinaire. Pour une fois, le peuple sera roi.

Au troisième paragraphe, Monsieur Mulet reprend son crédo initial : “Les élections du 28 novembre offrent l’opportunité unique de définir le chemin à suivre durant les cinq prochaines années.” Monsieur Mulet n’entend pas nuancer sa position. L’avenir d’Haïti dépendra de la crédibilité de ces élections. Il faut insister sur l’expression “opportunité unique” qu’utilise le chef de la MINUSTAH. Le cercle est fermé. Pour lui, il est impossible d’envisager d’autres possibilités. Au neuvième paragraphe, il reformule son credo: “les élections revêtent un caractère spécial- presque sacré- dans l’histoire d’un État démocratique. C’est l’acte par lequel la population s’unit pour se doter de dirigeants qui porteront le consensus national”. L’auteur du message situe son message à l’intérieur d’une tradition : celle de l’État de droit. Il convie les gouvernants et les gouvernés d’Haïti à entrer dans cette tradition. Ils doivent s’inscrire dans cette tradition pour être pris au sérieux par les Nations unies. L’État démocratique est la nouvelle religion et la nouvelle utopie. Monsieur Mulet n’a pas d’autre message à communiquer. Il est l’apôtre de l’État de droit en Haïti. Il est investi d’une mission sacrée. Il y a donc du sacré en politique.

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef de la MINUSTAH n’est pas tendre avec le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Il n’ignore pas le soupçon qui pèse sur cette institution. Il ne considère pas les membres du CEP comme des enfants de choeur. Ils peuvent être de potentiels obstacles à la réussite des élections. Au nom du pouvoir qui lui est attribué, il interpelle avec force le CEP : “J’appelle les conseillers électoraux, ainsi que le directeur général et les fonctionnaires du CEP à faire preuve de transparence et d’ouverture et à intensifier les consultations avec les partis politiques et les candidats sur les aspects techniques du processus électoral.” Monsieur Mulet pose la question de la communication entre le CEP et les partis politiques. Il n’existe pas une fluidité dans la circulation des informations. Sans mettre officiellement en doute les accusations qui sont adressées aux membres CEP, il préfère les inviter à poser des actions concrètes qui feront taire leurs contradicteurs : “Ils (les membres du CEP) ont le devoir de démontrer à ceux qui doutent de leur capacité ou de leur détermination à organiser de bonnes élections qu’ils ont tort.” Sur ce point, Monsieur Mulet invite le CEP à faire preuve d’héroïsme : il faut gagner la confiance des électeurs et des candidats. Il laisse aussi entendre les difficultés qui règnent entre le CEP et les partis politiques au niveau communicationnel.

Dans son cinquième paragraphe, Monsieur Mulet aborde un sujet épineux : « nouvelles cartes d’identité nationales ». L’Office national d’Identification (ONI) est donc mis sur la sellette. Il a un rôle majeur à jouer dans la réussite des élections. Monsieur Mulet n’a pas pu s’empêcher de lancer ce cri à l’ONI et au CEP : “J’encourage l’Office national d’Identification et le CEP à faire en sorte que tous les électeurs qui le veulent puissent exercer leur droit démocratique le 28 novembre prochain.” Il semble noter un déficit de communication entre ces trois acteurs. Il ne souhaite pas que les potentiels électeurs soient victimes d’une mauvaise coordination entre l’ONI et le CEP. Un doute plane sur la capacité de communiquer de ces deux institutions.

Les Haïtiens n’ont pas l’habitude de participer à la vie active de la cité. Ils ne possèdent pas un haut degré d’information politique et de conscientisation, un profond attachement aux valeurs du pluralisme et un engagement politique sans faille. Il faut aussi ajouter que la lutte pour le contrôle du pouvoir est aussi une lutte pour l’accès aux ressources de l’Etat : qu’il s’agisse de la richesse nationale propre ou des aides fournies par la communauté internationale. Monsieur Mulet a sans doute appris à découvrir cette réalité. Ainsi, il invite candidats et électeurs à débattre. Il arrive même à anticiper en proposant les thèmes qui méritent d’être débattus entre électeurs et candidats : “L’électeur a également le droit de savoir qui sont les candidats qui s’apprêtent à prendre un engagement sérieux sur des questions aussi importantes que la reconstruction, l’emploi, la sécurité et la justice.” Il pense aussi à la psychologie des candidats déçus. Il les appelle déjà au calme : “Je tiens également à rappeler la responsabilité qui échoit aux candidats vaincus d’accepter le choix du peuple haïtien avec respect et sérénité.” Le chef de la MINUSTAH ne dit pas cependant au peuple comment choisir. Il ne lui propose pas des instruments pour connaître la trajectoire des candidats. Il ne juge pas nécessaire d’insister sur la dimension morale du vote. Il ne lui paraît pas important de savoir si le peuple considère ou non le vote comme un devoir moral. L’important, c’est de voter. Le peuple dont parle Monsieur Mulet sera-t-il prêt à trafiquer son bulletin de vote pour quelques gourdes ?

C’est au septième paragraphe que Monsieur Mulet va questionner la responsabilité du parti au pouvoir. Le risque pour les candidats de ce dernier de mettre les appareils de l’Etat à leur profit est énorme. Aux yeux du chef de la MINUSTAH, les candidats du parti au pouvoir ne sont pas donc en odeur de sainteté. Ils méritent d’être sermonnés : « une responsabilité particulière incombe aux candidats du parti au pouvoir. Ceux-ci doivent se garder d’abuser de leur accès privilégié aux ressources de l’Etat, qui ne sauraient en aucun cas être utilisées à des fins partisanes ». Ainsi, il fait appel à leur sens moral et du coup il invite les autres candidats à la vigilance. La citoyenneté interpelle la responsabilité des citoyens. Monsieur Mulet encourage les membres du gouvernement et les candidats du parti politique au pouvoir à s’acquitter de leur devoir civique. Soulignons que le terme “civisme” peut désigner la conduite des personnes politiques ayant un rapport spécifique à l’Etat et signifie dévouement à la chose publique. Ce terme peut aussi désigner la conduite des personnes (citoyens) ayant un rapport indifférencié à l’Etat et signifie sens des devoirs collectifs au sein d’une société. Dans les deux cas, le civisme sous-entend le respect de la chose publique.

Pour Edmond Mulet, les médias doivent jouer un rôle primordial dans la réussite des élections du 28 novembre 2010. Il précise le type de travail que doivent réaliser les professionnels de la presse : “des informations crédibles et vérifiées sur les candidats, leur plateforme politique et le financement de leur campagne, la diffusion des débats et le déroulement serein de ces joutes, sans violence verbale et sans diffamation, dépendront en grande partie de l’engagement professionnel de la presse écrite et audiovisuelle”. Ces derniers doivent être les principaux alliés des observateurs nationaux et internationaux. Derrière l’appel qu’il lance aux journalistes, on peut lire ceci : les journalistes ne doivent pas lancer les débats comme des combats de boxe qui peuvent avoir pour effet de masquer la pertinence des propos tenus. Il les convie également à ne pas établir des connivences avec le monde politique qui peuvent leur faire oublier le “principe de distance” si nécessaire à un traitement équilibré de l’information. Monsieur Mulet souhaite avoir des journalistes qui sont rompus à la recherche scientifique et aptes à aborder des grands dossiers. Il est à la recherche de vrais journalistes politiques et il sait qu’ils ne sont pas légion en Haïti.

Monsieur Mulet termine son message par ce souhait : “Enfin, je souhaite bonne chance à tous les candidats et une bonne campagne électorale à toutes et à tous.” C’est avec enthousiasme qu’il salue le lancement de la campagne électorale. Pour lui, c’est un pas significatif vers les élections du 28 novembre 2010. Par ce discours, il veut rassurer ses alliés nationaux et internationaux. Il exprime également, d’une façon voilée, ses doutes et ses peurs.

Ce message indique clairement que Monsieur Edmond Mulet prend au sérieux sa mission au sein de la MINUSTAH. Indépendamment de notre interprétation, son message répond largement à l’un des objectifs de l’organisation internationale qu’il représente : celui d’appuyer au processus politique et constitutionnel en Haïti. Donc, réaliser les élections du 28 novembre 2010 est un impératif pour la MINUSTAH.

Le message de Mulet laisse croire qu’il n’existe ni gauche ni droite, encore moins un centre en Haïti. Il y a donc une sérieuse absence d’idéologie. La seule ligne de partage réside entre ceux qui soutiennent le régime en place et ceux qui ne le soutiennent pas. La cristallisation politique ne se fait pas autour d’une idéologie mais autour du groupe qui revendique légalement ou non et légitimement ou non l’exercice du pouvoir.

Haïti a, certes, besoin d’un gouvernement de consensus national. Mais on ne peut pas y parvenir sans une éducation au débat argumenté et à la négociation. Négocier ne consiste t-il pas à entendre les arguments de la partie adverse ? peser les pour et les contre ? évaluer ce que l’on peut concéder ? montrer à la partie adverse les avantages des propositions en tentant de la persuader que sa perte est compensée par un gain, de façon à établir un accord qui peut être oral (confiance dans la parole donnée) ou écrit (acceptation d’une nouvelle réglementation) ? Négocier est bien de l’ordre du vouloir. L’acte cynique du commandement consiste à faire passer pour une négociation ce qui est une imposition.

Le message de Monsieur Mulet indique l’absence d’une conscience citoyenne en Haïti. Soulignons que la conscience citoyenne ne se définit pas par une appartenance ethnique, linguistique ou religieuse. Elle se définit plutôt par l’appartenance des individus à une même communauté nationale dans laquelle ils se reconnaissent parce qu’elle est le garant de leur volonté d’être et de vivre ensemble. La conscience citoyenne est d’ordre symbolique. Elle est un condensé du “vouloir être ensemble” et du “vouloir vivre ensemble”. Elle n’est donc pas naturelle. Elle implique deux exigences morales : a) chacun doit montrer son souci du collectif, au-delà même de sa propre position partisane ; b) que chacun se pose la question, au nom de la solidarité avec les autres, de son rapport au passé, de l’héritage dont il est porteur et dont il doit témoigner. La conscience citoyenne n’est pas innée. Donc, il est urgent de faire de l’éducation à la citoyenneté un passage obligé dans la formation des nouvelles générations.

Cette éducation à la citoyenneté doit fournir aux individus les connaissances et la compréhension nécessaire pour qu’ils puissent revendiquer leurs droits de citoyens et s’acquitter des devoirs qui leur incombent. Il n’y a donc pas d’éducation à la citoyenneté sans une certaine dimension juridique. Éduquer à la citoyenneté, c’est aider les individus à s’insérer dans un monde complexe, à participer de façon raisonnée aux débats publics sur les choix à faire et les décisions à prendre. En effet, dans un régime démocratique, il ne devait pas y avoir d’un côté des esprits décideurs, des personnels politiques plus ou moins professionnels et permanents et, de l’autre, des citoyens dont l’expression et le pouvoir sont réduits à déposer un bulletin de vote à intervalle régulier dans une urne.

Éduquer à la citoyenneté, c’est aussi et surtout éduquer à la démocratie. Les systèmes politiques démocratiques reposent sur le concept de gouvernement responsable et représentatif protégeant les droits de l’homme et assurant le respect de la loi. Cela implique le multipartisme, la liberté d’expression et d’association, des médias libres et pluralistes. En termes d’éducation, cela suppose non seulement un certain niveau minimal de connaissance du système politique, mais aussi le développement de certaines compétences politiques telles que la faculté de déceler les dysfonctionnements, de défendre une cause et prendre part à un processus collégial de décision. Ces aptitudes sont conférées par l’éducation au politique. Ce dernier doit aider l’apprenant à comprendre le monde dans lequel il vit, à en saisir la complexité, à analyser correctement les problèmes, à prévenir les excès, à exercer de manière convenable sa citoyenneté.

La citoyenneté s’apprend par la pratique. La dimension pratique de l’éducation à la citoyenneté est essentielle : elle représente à la fois le but de cette éducation et le chemin qu’il faut parcourir pour l’atteindre. Les savoirs et les belles paroles ne suffisent pas, car enseigner les principes civiques ou inculquer les valeurs démocratiques à une personne ne servira à rien si celle-ci ne saisit pas les enjeux d’une élection, par exemple. En un mot, la citoyenneté dépend moins de l’adhésion à de grands principes que d’une forme de raison pratique. La pratique directe de la démocratie et de la responsabilité demeure l’enjeu majeur à l’éducation et la citoyenneté.

Bref, le message de Mulet nous renvoie à nous-mêmes. Il nous renvoie au type de relations que nous tissons entre nous et à notre peur d’assumer notre responsabilité. En effet, si Monsieur Mulet est responsable de l’Organisation des Nations unies, devant qui sommes-nous responsables ? Quand on n’a pas de projet et quand on ne se sent pas responsable, on est exposé à ces deux formes de névrose collective : le fatalisme et le fanatisme. D’où l’urgence d’éduquer les jeunes générations – de la maternelle à l’université – à la citoyenneté, à la responsabilité, à l’environnement, à la solidarité, à la confiance en soi, en l’autre, aux autres, aux droits de l’homme. Et nous ne pourrons entreprendre cette grande aventure sans une pléiade d’instituteurs et d’enseignants épris de ces valeurs. Avons-nous peur de proposer quelque chose qui soit à la hauteur de la dignité humaine aux nouvelles générations ? Le XXIe siècle ne doit-il pas être pour nous le siècle de l’autocritique et de la construction d’une société fondée sur la confiance en soi et en les autres, sur la réussite collective ?


















ELECTIONS ET STRATEGIES DE PERSUASION

Par Hérold Toussaint, Phd

« Elections et Education à la citoyenneté. Une analyse psychopolitiquedu message de Monsieur Edmond Mulet à nation haïtienne », telest le titre de l’article que nous avons publié le mercredi 10 novembre 2010dans les colonnes du quotidien « Le Nouvelliste ». Après avoirdécrypté le discours du chef de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti), nous avons mis l’accent sur l’absence de la conscience citoyenne en Haïti. Soulignons, pour nos lecteurs, que le discours de MonsieurMulet a été publié dans le Nouvelliste du 1e octobre 2010.

Le 27 novembre2010, soit 24 heures avant les élections du 28 novembre, l’ambassadeur va réaffirmer la thèse qu’il défendait dans son premier discours : il est impérieux d’organiser les élections en Haïti. Il choisit la stratégie de dialogue ou d’interview pour convaincre et persuader les destinataires de sa thèse. Il ne va pas trop loin pour trouver un interviewer qui lui faciliterait la tâche. C’est le « Bureau de la communication et de l’information publique » de la MINUSTAH qui jouera le rôle d’interviewer. Le chef de la MINUSTAH, l’ambassadeur Edmond Mulet, n’avait pas à braver des journalistes ou des interviewers qui  tenteraient de le déstabiliser ou de le piéger. Les questions qui lui sont adressées participent à une véritable mise en scène de sa mission et de son projet. Avec d’autres mots, il reprendra la même formule ou la même affirmation du 1e octobre 2010 « Le vote est l’arme secrète du peuple » et il ajoutera : « C’est un engagement privé, intime et personnel de
chaque  personne ». Aujourd’hui nous nous proposons d’analyser cette interview qui n’est qu’une version théâtrale de son premier message adressé à la nation haïtienne.

Les questions qu’élaborait le Bureau de la Communication et de l’information publique de la MINUSTAH était au nombre de six. Elles ne sont pas innocentes. Elles ne sont pas choisies à l’aveuglette. Elles ont été formulées dans l’ordre suivant :

  1. Pourquoi est-il important pour les Haïtiens d’aller voter ?
  2. En quoi ces élections sont-elles différentes des autres ?
  3. Est-il important que les femmes aillent voter en grand nombre demain ?
  4. Quel message général souhaitez-vous adresser aux électeurs et aux candidats ?
  5. Vous représentez les Nations Unies en Haïti par le biais de la MINUSTAH. Pourriez-vous nous rappeler le rôle de la MINUSTAH. Que répondez-vous à ceux qui accusent la MINUSTAH de s’intégrer dans les affaires haïtiennes ?
  6. Peut-on rassurer les Haïtiens que leur vote sera respecté ?

L’ordre dans lequel ces questions sont formulées est minutieusement calculé. Elles obéissent à une logique.  Elles traduisent une position et une prise de position: celle de convaincre les destinataires du discours le caractère sacré des élections du 28 novembre 2010.

Il existe un lien logique entre la 1e question et la 6e question. Grâce à  la première question, Monsieur Mulet réaffirme le caractère sacré des élections. Pour lui, en dehors de ces dernières, la reconstruction d’Haïti sera hypothéquée et la stabilité compromise. Le salut et la libération du pays passent  par les élections du 28 novembre 2010. Sans elles, on assistera au règne de l’absurde et de l’incertitude. L’avenir d’Haïti est largement conditionné par elles : «  Ces élections, affirme-t-il, sont vraiment importantes. C’est un rendez-vous des citoyens haïtiens avec leur
avenir, avec l’histoire du pays ». Elles ont le pouvoir d’aider les haïtiens à habiter le temps autrement c’est-à-dire à inventer leur avenir. Monsieur Mulet croit que les élections ont le pouvoir de transforme automatiquement l’imaginaire de tous les haïtiens.

Monsieur Mulet veut convaincre  ou plutôt, faire de ses destinataires des croyants. C’est cette idée qui domine sa réponse à la sixième question. Il faut croire aux vertus des élections du 28 novembre. Cette foi doit être contagieuse et active. Car, lui, apôtre de cette idéologie, a le pouvoir de protéger tous les adhérents. Il rassure tous ceux et toutes celles qui prendront le chemin des urnes : « Tous les votes déposés dans les urnes seront comptabilisés et respectés ». Il invite ses destinataires à croire en sa capacité de faire faire ce qu’on doit faire : «  Je peux garantir, soutient-il, que ce vote, quand il sera compté et ajouté aux autres votes, sera absolument respecté ». C’est par ces mots qu’il termine son interview avec « le Bureau de la communication et de l’information publique » de l’institution dont il est le principal responsable. Monsieur
Mulet n’est pas totalement insensible aux problèmes qui pourraient faire obstacle à son  grand rêve. Il est conscient de l’ampleur de sa mission. Il sait que cette dernière est jonchée de difficultés. Mais, il avance. Il croit que sa capacité de persuasion ou ses talents d’orateur ne le trahiront pas. Il  croit à la force magique de ses déclarations pour maîtriser ses adversaires. Ainsi, il souligne pour son interviewer : «  Malgré l’intimidation, les menaces et les pressions, le vote est l’arme secrète du peuple »

La réponse à la deuxième question est la reprise et le développement de la première question. Des élections du 28 novembre doit naître un gouvernement légitime. Seul ce dernier peut faire face aux grands défis (la reconstruction, éradication du choléra) : « Tout ce qu’Haïti est en train de vivre requiert la présence d’un gouvernement légitime. » Il se présente comme le porte-parole de la communauté internationale : «Pour la communauté internationale, ces élections sont très importantes pour l’appui, le soutien, l’aide et les fonds qui doivent parvenir au pays pour sa reconstruction ». Ces élections apportent la stabilité politique et sociale nécessaire au pays ». Si Monsieur Mulet parle de la nécessité d’avoir un gouvernement légitime, il ne trouve pas urgent, cependant, de faire ressortir l’articulation qui doit exister entre légitimité, autorité et puissance.  En effet, si l’autorité n’est pas en soi une force de coercition : elle est ce qui crédibilise cette force, ce qui confère au pouvoir sa capacité de se faire obéir, à travers la preuve d’un savoir-faire. On peut bien avoir la légitimité et manquer de puissance, à la suite de certains événements. La puissance se mesure à la capacité de « pouvoir faire » qui peut être plus ou moins forte.  Elle est donc un moyen et non une fin. Cette capacité de « pouvoir faire » dépend des ressources dont dispose celui qui veut agir, c’est-à-dire  de la possibilité d’utiliser une sanction. Bref, l’exercice du pouvoir a donc besoin de légitimité, du pouvoir et de puissance.

Mulet se présente comme le défenseur de la Constitution haïtienne. Sur ce point, il tient à ce qu’on respecte scrupuleusement le texte. C’est la lettre qui doit primer sur l’esprit. Il ne fait pas un accueil chaleureux aux  objections de certains  partis politiques et de certains groupes de la société civile qui n’ont pas voulu considérer les élections comme la planche de salut d’Haïti. Si pour ces derniers, il n’est pas  opportun d’organiser les élections le 28 novembre 2010,   réaliser ces joutes électorales à cette date est, cependant, pour le chef de la MINUSTAH, un gain et une victoire. C’est avec fierté qu’il affirme : « Ce sera la première fois, avec beaucoup d’années, que ces élections se tiendront à la date
prévue par la Constitution de la République. Nous espérons que le nouveau président entrera en fonction le 7 février de l’année prochaine ».

La troisième question de l’interview est un prétexte qui lui permet de se présenter comme un défenseur de la cause des femmes. Tel est l’objectif principal de la troisième question. Nous sommes devant un Edmond Mulet sensible aux souffrances  des femmes haïtiennes. Le 28 novembre 2010, c’est la fête des femmes. Il voit en ces dernières de grandes alliées: « Demain, est le jour des fêtes (…) Les électrices haïtiennes sont importantes pour le futur du pays (…). Cette participation des femmes est très importante parce que ce sont elles qui ont cette sensibilité pour comprendre où sont les besoins du pays. Je crois qu’en ce moment même, elles ont déjà fait le choix de ceux qui vont représenter les Haïtiens et les Haïtiennes qui ont déjà tant souffert ». Il faut compter sur les femmes pour que ces élections soient une réussite. Edmond Mulet laisse entendre que la participation politique des femmes doit être encouragée en Haïti.

La place de la cinquième question est justifiée. Elle ne débute pas l’interview. Ce n’est pas elle qui termine l’interview. Polémique, elle est située en cinquième position. Si l’ambassadeur Edmond Mulet ne veut pas agresser ou provoquer ses interlocuteurs, il ne compte pas, cependant, leur offrir l’occasion de s’auto glorifier. Il veut faire taire certains nationalistes agressifs. Il questionne leur rapport à l’histoire. Il souligne pour les éventuels détracteurs de son institution : « Quand la MINUSTAH a été déployée en Haïti, le pays était en pleine guerre civile. La présence de la MINUSTAH  a pu stabiliser la situation ». Cette phrase est, selon nous, un véritable coup de massue susceptible de désarmer ceux qui veulent nuire à la réputation de cette institution en Haïti. Rappelons que juridiquement, une guerre civile est un « conflit armé ayant éclaté au sein d’un Etat et dépassant, par son extension et sa prolongation, une simple rébellion ». Monsieur Mulet anticipe ses objections. Il énumère les actions de la MINUSTAH en Haït en vue de faire taire ses détracteurs : «  La MINUSTAH  a dû faire face aux gangs qui occupaient beaucoup de quartiers à Port-au-Prince, aux Gonaïves, au Cap-Haïtien, aux Cayes et d’autres endroits. On a pu créer des espaces pour que d’autres acteurs humanitaires et de développement puissent venir sur le terrain et permettre à l’Etat haïtien et à ses institutions d’opérer partout sur le territoire ». Notre Etat a fait faillite. Son sauveur, c’est la MINUSTAH. Cette dernière est venue à la rescousse de  l’Etat haïtien.

Mulet a le souci d’informer ses destinataires sur la mission de l’institution dont il est le chef. Il souhaite que ces informations soient gravées dans la mémoire des haïtiens : «  Nous avons aussi un mandat politique et électoral. Nous sommes là pour aider à la réalisation de ces élections (…) Nous continuons à aider et à soutenir la police haïtienne. (…) Nous continuerons aussi à aider dans les domaines comme l’Etat de droit, la Justice, les prisons et la formation de la Police Nationale d’Haïti. Nous sommes là pour aider et accompagner le peuple haïtien ». La MINUSTAH  est donc le substitut de l’Etat haïtien. Elle est notre protectrice par excellence. La sécurité des haïtiens dépend d’elle. Les élections relèvent de la responsabilité de son institution : « Ces élections sont très importantes parce qu’elles font partie des objectifs que le Conseil de sécurité nous a assignés ». On ne doit pas se leurrer. On doit sciemment s’informer sur la vraie mission de cette institution. Il ne faut pas dire n’importe quoi.

Monsieur Mulet rappelle aux Haïtiens que l’Etat de leur pays n’est pas maître de son destin. Il ne peut pas exercer son droit à l’autodétermination. Il est loin d’être un Etat souverain. Cet Etat a un prix à payer pour recouvrer sa souveraineté. Une fois de plus, c’est par la qualité des élections du 28 novembre 2010 qu’on pourra entamer un processus de réduction et de départ de la force onusienne. Monsieur Mulet n’hésite pas à déclarer : « Si, comme je l’espère, elles (les élections) se déroulent dans le calme, l’année prochaine, avec un gouvernement légitime en place, nous pourrons commencer à parler du désengagement de la MINUSTAH en Haïti. Ces élections sont importantes parce qu’elles font partie du processus de réduction et de départ de la MINUSTAH  du pays ». Une fois de plus, Monsieur  Mulet déifie et absolutise les élections. C’est à cette aune que l’Etat haïtien sera évalué ou jugé digne d’exercer sa totale autonomie.

Monsieur Mulet utilise le vocabulaire approprié pour s’adresser aux électeurs et aux candidats à travers sa réponse à la quatrième question. Chef de la MINUSTAH, il a le pouvoir d’encourager, d’exiger et d’interpeller. Il emploie le pronom personnel « je » pour se faire mieux entendre : « Aux candidats, je demande de respecter les règles du jeu et d’exiger à leurs électeurs et aux personnes qui les appuient d’être mesurées, de respecter les autres et faire prévaloir la tolérance ». Il n’entend pas renoncer à l’exercice de  son pouvoir. Il ne veut pas donner
l’impression qu’il est incapable d’assumer la responsabilité qui lui est confiée. Il rappelle aux électeurs et aux candidats le comportement que la
MINUSTAH attend d’eux : « Je demande que tous, après les élections, puissent reconnaître les vainqueurs, travailler avec eux et les appuyer pour le salut et le futur du pays ». Monsieur Mulet n’a pas, cependant, indiqué le type de dispositif qu’il va mettre sur pied pour que ses ordres soient exécutés.

De ce qui précède,nous pouvons formuler les réflexions suivantes :

a) Les réponses de l’ambassadeur Edmond Mulet cherchent davantage à persuader qu’à démontrer. Elles cherchent  à reprendre et à renforcer la position qu’il défendait dans son discours du 1e octobre 2010. Il s’agit pour lui de faire croire que ce qui est dit des élections est absolument
vrai. Ainsi, il serait absurde et illogique de ne pas y adhérer. Il sollicite constamment la solidarité de son auditoire. Il interpelle ce dernier pour le prendre à témoin et l’impliquer émotionnellement dans son projet. En appelant les citoyens à voter, l’ambassadeur Mulet se présente comme le premier défenseur du  peuple haïtien. S’il interpelle les femmes, c’est pour les inviter à partager ce principe de base : le vote est l’arme secrète du peuple. Cette interpellation n’est qu’une subtile suggestion.

b)  L’ambassadeur fait appel aux sentiments. Il cherche à toucher la sensibilité de son auditoire. Ainsi, s’entremêlent, dans cette interview, affect (passion) et rationalisation. Il a mis en scène la tragédie haïtienne. La situation dramatique du pays est évoquée (le séisme du 12 janvier 2010, l’épidémie de choléra). L’urgence de reconstruire Haïti sous le leadership d’un gouvernement légitime est un argument qui est chargé émotionnellement. Il pense que lesélections du 28 novembre 2010 constituent la réponse la plus appropriée à  nos multiples déboires.

c) Les réponses de l’ambassadeur Mulet obéissent au schéma christique de la Rédemption.  Au désordre social et économique, à l’instabilité politique, il faut une solution salvatrice. La solution, ce sont les élections. Un, des sauveurs doivent faire leur apparition : les nouveaux élus. Il dramatise et il pointe du doigt ceux qui n’auront pas le courage d’accepter ces dernier.

d) L’ambassadeur Mulet veut séduire. En utilisant le pronom personnel «  Je », il se présente comme l’allié naturel des électrices et des électeurs. Il est aussi, à sa manière, l’un des sauveurs du peuple : il est celui qui a le plus contribué à la réalisation des élections du 28 novembre 2010. Il est le chef et le père qui rassure et qui protège. C’est par cette image qu’il tente de se faire crédible aux yeux de la population haïtienne.

e) L’ambassadeur Mulet évite de projeter l’image d’un cynique et d’un démagogue. Il s’identifie à celui qui est capable de comprendre et d’entrer en empathie avec la population qui a été victime du séisme du 12 janvier 2010 et qui est exposée à l’épidémie du choléra. C’est le leader compatissant, apte à s’indigner devant le drame haïtien. Y aura-t-il une cohérence entre le dire et le faire de l’ambassadeur ? Ce dernier arrivera-t-il à imposer cette image ? Serons-nous en présence d’un équilibre entre les intérêts de la communauté internationale et l’intérêt général du peuple haïtien ?

Cette interview met en lumière que nous sommes en présence d’un peuple saturé d’exclusion et d’humiliation. Nous sommes également en présence des élites haïtiennes qui ont toujours cultivé le goût du mépris vis-à-vis des plus vulnérables. Les différentes stratégies de condescendance que manifeste la communauté internationale vis-à-vis de ces derniers ont leur source dans la manière dont ces élites violent les principes de  respect de la dignité humaine. Nous sommes en grande partie responsables de notre humiliation collective. Pour s’en sortir, il faut nécessairement passer par l’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’homme. Ce type d’éducation fera la promotion des valeurs suivantes : la paix, l’égalité, la non-violence, la tolérance et le respect de la dignité humaine. Sommes-nous conscients de la nécessité de construire un système éducatif fondé sur ces valeurs ?  Saurons-nous unir nos efforts en ce sens ?

    AHECS réunie en Assemblée Générale Extraordinaire

    Comme prévu, ce jeudi 17 novembre 2011, à 12 heures PM, l’Association Haïtienne des Étudiants en Communication Sociale (AHECS) s’est réunie en Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) à la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti.

    Les points suivants ont été à l’ordre du jour : Rapport de la participation de l’AHECS au 19e Congrès de la FELECS à Boston, Intégration des nouveaux (les) étudiants (tes) du Département de Communication, Les élections de 2011 de l’AHECS, Sortie de la revue AHECS Info, Rentrée en vigueur de la Politique de Communication de l’association et Questions d’intérêt général.

    Après avoir fait un compte rendu de la participation de l’AHECS au Congrès de la FELECS à Boston et répondu aux questions de l’Assemblée, Fedgens POINT-DU-JOUR, Coordonnateur Général de l’AHECS, accompagné de Jonasson DAVID et Charles Henri BASTIEN, respectivement Conseiller et Secrétaire de l’Association, a conduit l’Assemblée vers le point concernant l’intégration des nouveaux (les) étudiants (tes) en Communication.

    A cet effet, un comité ad hoc à été formé, et voté par l’Assemblée,  avec pour mission la réalisation de l’intégration des nouvelles recrues du Département de Communication. Ce comité est composé des membres suivants : Godson LUBRUN, Chéry JOSEPH, Rachelle DESROULEAUX, Wisline LOUISSAINT et Michel GENE.

    La pratique démocratique de l’AHECS d’organiser des élections chaque année pour renouveler son Conseil de Coordination a mené l’Assemblée à choisir les membres qui  vont constituer la Commission Electorale des élections de 2011 de l’association. Après avoir passé au vote, l’Assemblée s’est arrêtée sur les membres suivants : Wilney TARIS, Charlène ALFRED et Stéphanie VALET.

    Le Conseil de Coordination issu du Cartel VCA a profité de cette Assemblée Générale Extraordinaire pour informer les membres de l’association de la sortie d’une revue, ayant pour nom AHECS Info, en partenariat avec l’agence de communication CommLand Industry (CI).

    Pierre Michel JEAN, membre fondateur et graphiste de l’agence CommLand Industry, a expliqué à l’Assemblée les détails techniques concernant la parution de cette revue. « Cette revue paraitra en copie dure et sera diffusée sur le blog et le compte facebook de l’association. De plus, les membres de l’AHECS la recevront par email »

    L’Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) de ce jeudi 17 novembre a franchi sa dernière ligne droite avec la remise officielle, par Paul LOVIER, au conseil de Coordination, de la Politique de Communication de l’AHECS qu’un groupe de spécialistes en communication avait préparé pour l’association.

    Il convient de noter que c’est la deuxième Assemblée Générale que le Conseil de Coordination VCA a organisé depuis qu’il dirige l’Association Haïtienne des Etudiants en Communication Sociale.

     

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